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MÉMOIRES

DU

GÉNÉRAL BABON THIÉBAULT

L*auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de reproduction et de traduction en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suéde et la Norvège.

Ce volume a été déposé au ministère de l'intérieur (section de la librairie) en juillet 4894.

PARIS. TYPOGRAPHIK I»E H. PLO.N, NOURRII Kl (", Ri R OARAXJÈhF., 8.

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MÉMOIRES

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MEMOIRES

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DU GENERAL

B"^ THIÉBAULT

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Publiés sous les auspices de sa fille

M'" Claire Thiébault

n'APRÈS LE MANUSCRIT ORIGINAL

PAR

FERNAND CALMETTES

III

i799-1806

Avec deux héliogravures

PARIS

LIBRAIRIE PLON E. PLON, NOURRIT et C^ IMPRIMEURS-ÉDITEURS

ROB GAIAIICIÈRB, 10

1894

Toui droits réserrtét

STANFORD UËlkARIES

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N. B. Les notes suivies de l'indication (Ed.) sont ajoutées par l'éditeur. Les autres sont de l'auteur.

MÉMOIRES

GÉIVÉRAL BARON THIÉBAULT

CHAPITRE PREMIER

L>a fîD du second volume m'a laissé dans les bras de Patiliae, et, quelles qu'aient été les suites d'un amour que je fus seul à fidèlement garder, ce souvenir m'est resté comme ud des plus doux, peut-être le plus doux de tous mes souvenirs, parce qu'il se rattache à la période la plas complètement heureuse de ma vie.

Je ne sais, en effet, quel genre de jouissances ne ma- vait pas été réservé pendant ces campagnes de Rome et de Naples. A l'Age des inspirations j'avais parcouru l'Ita- lie tout entière: j'avais habité et Rome et Naples, à fécondes en prestiges, en plaisirs variés; j'avais parti- cipé h des faits glorieux en jouant par moments un râle tout à fait supérieur à mon grade; j'avais reçu de ma- nière à en tripler la valeur celui d'adjudant général, si agréable pour un homme jeune encore. Grâce au mot de géoéral, au chapeau bordé et aux broderies, ce grads assimilait celui qui en était investi aux généraux; de fait, il donnait l'exercice d'une autorité supérieure i celle des généraux de brigade, pour lesquels les adju- daDts généraux rédigeaient des ordres dont ils n'avaient

2 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

pas la responsabilité, alors que, comme chefs d'état- major ayant le devoir de trouver et d'assurer les moyens d'exécution de quelque ordre que ce fût, ils étaient as- sociés à toutes les combinaisons.

J'avais donc ma part de pouvoir, et une part enviable ; de plus, je possédais une sonmie importante pour le temps, etje m'exaltais à la pensée de l'emploi que je lui destinais. J'étais heureux, si jamais on le fut; heureux d'un présent enchanteur, d'un avenir qui me semblait prodigue de tous les biens. Et pourtant j'avais atteint l'apogée du bonheur, et il ne me restait plus guère à goûter d'aussi pure félicité. Au reste, je n'entends pas imputer à la fortune ou à la destinée tout ce qui contri- bua à amoindrir mon rôle; je ne tardai même pas à de- venir l'arbitre d'une véritable élévation et à la manquer de la maniéré la plus complète et d'une manière qui n'in- culpe que moi, si tant est qu'il y ait des limites à assi- gner à l'action de ce destin que je disculpe et dont peut-être je fus et je devais être, comme tant d'autres, tout simplement le jouet.

Cependant, quelque aveuglé que je pusse être par ce bonheur présent, je n'en ressentais pas moins une pro- fonde douleur à la pensée des défaites de nos soldats, et particulièrement de ceux dont j'avais partagé si long- temps l'heurei^e destinée et que j'avais quitter au moment où, sortis enfin des guets-apens du royaume de Naples, ils allaient se mesurer avec de belles et puissantes armées. De ces armées coalisées, l'une, l'armée autri- chienne, nous était connue, et nous savions comment l'attaquer pour la battre; mais l'autre, l'armée russe, entrait pour la première fois en lice; c'est d'elle seule- ment qu'on parlait sans cesse, et elle avait paru va- loir qu'on adoptât une tactique nouvelle contre elle. On nous avait distribué, le 2 juin, à Pistoja, une espèce d'in-

L'ARMÉE RDSSK. 3

Etrucdon fort mal rédigée, mais que tou? les propos qui circuloieat alors me permirent de compléter; et ces di- verses indications concouraieutà présenter l'armée russe comme assez redoutable, composée d'hommes robustes cl grands, disciplinés jusqu'à l'obéisBance aveugle. Au moment de les conduire à l'ennemi, on les animait par de fortes distributions d'eau-de-vie; dès lors ils attaquaient avec une sorte de frénésie et se laissaient plutôt massa- crer que de reculer; pour les démoraliser, il fallait mettre hors de combat un grand nombre de leurs ofll- tiers: sans chefs, la crainte les saisissait. Leurs officiers, d'ailleurs, étaient communément braves: relativement peu instruits et pour la plupart cruels, ils ne savaient commander qu'un petit nombre de manœuvres, souvent meurtrières pour leurs hommes, et c'est ainsi que, pres- sés par l'ennemi, ils faisaient toujours former le carré. ce <|ui est profitable contre la cavalerie, mais ce qui. opposé ù l'iafanterie et surtout à l'artillerie, comme ils oe craignaient pas de le faire, offre une surface trop ItUe à l'action de la baïonnette ou du canon. Peut-être WEiisavaient-ils leurs hommes peu aptes à suivre un mouvement de retraite et préféraient-ils risquer de les luire écraser en masse que de les laisser se disperser t»a& avoir la certitude de pouvoir les rassembler. Les solilals, au reste, avaient pour se dévouer jusqu'à la mort un puissant entrainement provoqué chez eux par '■ conviction qu'ils ont de souper avec Jésus-Christ s'ils <">nt tués en faisant face à l'ennemi; blessés, ils se fai- uiem achever en tirant sur l'ennemi qui se trouvait à 'Bi>r portée, et c'est par suite du même fanatisme que, <D ordonnant un jeûne, un général ou chef peut laisser "le armée russe vingt-quatre heures sans manger.

'''artillerie russe était nombreuse, mais pas plus les olOcLera que les soldats n'attachaient de honte à la perte

4 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON tHIÉBAULT.

de quelques pièces; pourvu que les pièces eussent fait le mal qu'elles devaient faire, elles étaient considérées comme payées, tout devant s'évaluer en argent dans une armée un homme n'était quelle capital de quarante francs de rente viagère.

La cavalerie de ligne, d'une apparence imposante, était au fond assez médiocre, quoique mieux montée depuis que la partie de Pologne conquise fournissait d'excellents chevaux. Les cavaliers, robustes, d'un bel aspect, manœuvraient mal et sans agilité; quant aux Co- saques, ils étaient ce qu'ils sont encore aujourd'hui, tous fils ou valels de fermiers qui répondent d'eux; géné- ralement sûrs, intelligents, tins et rusés, ils manient ad- mirablement des chevaux maigres et laids, mais courant avec beaucoup de vitesse et capables d'endurer tous les genres de privations, de supporter les plus dures fati- gues. Très mal payés, ils se pourvoient eux-mêmes et pillent, brûlent, saccagent; employés ordinairement à l'avant-garde, ils devancent parfois Tarmée de quinze lieues. Montagnes, rivières, marais, rien ne les arrête; arrivés à peu de distance, ils se cachent dans les forêts et y restent pendant plusieurs jours sans que l'on se doute de leur présence ou de leur voisinage. Aussi ha- biles à grimper aux arbres qu'à gravir les rochers les moins accessibles, ils passent les journées à observer l'ennemi et presque toujours sans être aperçus; lorsqu'ils sortent de ces réduits, ce qu'ils font souvent par les che- mins les moins suspects, c'est un à un, ou deux à deux, ou dispersés par bandes à l'instar des loups. A force de répéter ces reconnaissances et d'en faire leur occupation constante, ils ont acquis un coup d'œil, un jugement in- faillibles; aussi est-ce par eux que les généraux russes sont sans cesse informés des forces et de la position que leurs ennemis occupent, et qu'ils connaissent la conûgu-

tES COSAQUES. 5

ralion et les reBSOurces d'un pays avant de s'y engager.

Lorsque des Cosaques se montrent & découvert, on peiilêlre certain que le gros de l'armée n'est pas loin, cariline se compromettent pas. Presque toujours ils marchent sans ordre et entièrement désunis; mais, dans ce cas-li même, ils ne se perdent jamais de vue. et lors- qu'nn tia plusieurs d'entre eux sont assaillis, les autres xccoiirent pour les secourir. Attaqués par un détache- ment, ils se dispersent, puis se rallient bientôt pour en- tourer ce même détachement, du moment leur nombre leur garantit le succès. Parfois encore ils se mêlent àdes chiEseurs à pied, qu'au besoin ils prennent en croupe. l'est basse urs è pied, excellente troupe de l'armée russe, étalent alors heureusement peu nombreux i adroits au tir. habiles à se cacher, ils franchissaient de grandes dislances ù quatre pattes et doublaient admirablement 1«B Cosaques, de sorte qu'une armée russe était toujours «tirés parfaitement éclairée, et ne pouvait être surprise tIsnsBes camps.

U lactique nouvelle contre une telle armée consistait â in barceler sans cesse, i. la mettre pendant le combat d<ina lu nécessité de changer son ordre de bataille, k l'attaquer sur plusieurs colonnes et par ses lianes pour 'toirsur elle l'avantage des manœuvres, à détruire le l^asd'oriiciers possible et de Cosaques.

tais dans ce moment, celte armée que, par lexpé- rientede nos défaites mêmes, nous allions apprendre à btltre, cette armée était victorieuse, et son nom, comme celai de son chef, le fameux Souvorow, était dans toutes le« bouches. Ce qui circula alors et ce qui allait circuler plus tard d'anecdotes sur le compte de ce Souvorow n'est pSB croyable. De ces anecdotes un grand nombre étaient oufauBseg ou complètement dénaturées; mais, commej'ai eu depuis lors l'occasion de les vérifler toutes et même

6 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL RARON THIÉRAULT.

d'en augmenter le nombre, je vais en consigner sur cet homme non moins bizarre que célèbre quelques-unes qui du moins sont certaines.

Souvorow, avec qui mon père fit connaissance à Berlin, chez le prince Dolgorouki, envoyé de Russie, et auquel il consacra quelques-unes des pages de ses Souvenirs {i)^ était un homme à la fois fantasque et transcendant; il ne tarda pas à se faire remarquer, entra dans les gardes, y devint capitaine, et pourtant il serait peut-être mort in- connu, sans son excessive laideur. L'empereur Pierre III, révolté de cette figure, le nomma colonel par le seul motif de le faire sortir de ses gardes et de ne plus le voir défiler.

Signalé bientôt comme homme de génie, il parvint ra- pidement aux premiers grades, et, non moins connu par ses cruautés que par son mérite, il fut notoire que Ton pouvait compter sur lui, même pour les actes les plus horribles; voilà comment il fut chargé d'emporter d'as- saut Ismaîlof, trente mille Turcs périrent, et de me- ner à bout la campagne de Pologne, où, dans sa marche sur Varsovie, il détruisit Prague on sait comment. Prague, entourée d'ouvrages en terre non achevés et défendue par fort peu de troupes, fut prise presque sans combat et par conséquent sans perte. Enlevée de nuit, les généraux russes étaient parvenus à maintenir jus- qu'au jour leurs troupes réunies, et Tordre fut respecté jusqu'au moment Souvorow, ayant passé la revue et sachant qu'il ne restait pas un soldat polonais à partir de Prague, s*écria : < Pogoulaïtie rebiata. > (Amusez-vous un peu, mes enfants.) Dès lors, au milieu du pillage et du viol, auquel les couvents n'échappèrent pas, com- mença le massacre de dix mille habitants paisibles.

(4) Quatrième édition, t. IV. p. 57.

hommi^s, femmes et enfanls assassinés de la manière la plu atroce. Ur, au cours de cette épouvaotable bouche- rie, Souvorow aperçut un dindon qui venait d'être blessé i la patte, et ù l'instant il s'écria du ton le plus piteus ; ' Pauvre bête, qu'as-tu fait pour te trouver victime des diiEensions des honimes? Et de suite il fait venir le chirurgien-major de l'armée, et, au milieu des cris de tant de malheureux atrocement égorgés, sans en être distrait et de l'air d'une pitié dérisoire, sur nn ton pleur- nicharJ. il ordonne de panser le dindon devant lui. Il mituinsi trouvé le moyen de surpasser sa cruauté par «m impudeur.

Sfî8 mceurs étaientà l'unisson, c'est-à-dire qu'il alTec- Uit une rudesse presque sauvage. Il ne dormait que trois heures et les passait presque nu dans un tas de loin et de paille qu'il faisait mettre au milieu des plus belles chambres à coucher, chambres dans lesquelles il ulisfaisait tous ses besoins.

Il détestait les glaces, sans doute, par suite de l'efTel <|ue son nez cassé et son museau de Kalmouk faisaient «urlui-m#me. Il fallait donc couvrir les glaces des appar- l^nienis on le logeait, ou bien il les brisait.

Il ne mangeait que ce que le Cosaque ou le Tartare placé de service auprès de lui et que l'on relevait cha- fut jour, mangeait lui-même, et il portait le cynisme jusqu'à inviter même des dames à ces diners, qui! fai- llit toujours entre sis et sept heures du matin; il fal- lait y assister en grande tenue, alors que lui n'avait iJ'aalre costume, hors les très grandes circonstances, que celui des soldats. Quant à sa toilette, elle consistait à se fiire jeter en se levant et en se couchant quatre seaux d'eau froide sur lu tête.

Un jour qu'il passait dans je ne sais plus quel can- tonnement de cavalerie russe, tout le corps d'ofûciers,

8 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

dans la plus grande tenue, vint au-devant de lui pour le saluer et l'inviter à un grand déjeuner préparé pour la circonstance. En voyant arriver ces officiers en culot- tes blanches, en bottes bien cirées, il descendit de voi- ture; on lui présenta aussitôt un très beau cheval, mais il refusa avec humilité de le monter et, par une boue effroyable, se mita marcher à pied, ce qui força tous les officiers à mettre pied à terre et à barboter avec lui. En approchant de la maison le déjeuner l'attendait, il aperçoit vers l'horizon un village; il s'arrête et s'écrie : a Ah ! messieurs, voilà un viliage demeure un culti- vateur qui m'a promis de la graine de concombre; per- mettez que j'aille la lui demander. > Il oblige les malheu- reux qui ne peuvent le quitter à faire encore ce trajet de trois quarts de lieue à travers les terres détrempées, et, quand il les voit crottés jusqu'à Téchine, il regagne sa voituce et continue sa route.

Ayant officiellement reçu un rapport portant qu'un colonel, qui devait avoir douze escadrons à cheval, n'en avait que trois, il dit : c C'est mal, et je verrai cela par moi-même. > En effet, dès le lendemain, il ordonna qu'il passerait une revue de rigueur. A l'heure fixée, en dépit de la chaleur, il arriva à pied, suivi de son état- major, et, en approchant du régiment, il dit : c Voilà un temps bien menaçant (le temps était superbe); je crois même qu'il pleut; mes habits en sont humides; à mon âge, cela ne vaut rien. Ainsi, colonel, je vais passer la revue dans ce manège, que par trois vous ferez traverser à vos cavaliers. > Le colonel, qui le devine, fait passer six fois ses trois escadrons devant Sou vorow, qui, cette farce jouée, dit au colonel : c Bravo 1 vous avez un régiment ma- gnifique. Voilà comment on calomnie les plus braves et les plus intègres officiers de notre chère Maman, l'im- mortelle Catherine. > Maintenant, quel était le mot de

Bigmeî Ce colonel, d'une force extraordinaire, wut emporté Souvorow, au moment oii celui-ci, blessé, allait itre pria ; h titre de récompense, il avait été nommé colonel; mais comme il n'avait rien, restaît-il gous- enUadu qu'il dût faire fortune aux dépens du régiment. SouYorow, qui ne voulait pas sévir, avait du moins imaginé ce moyen de prouver aux dénonciateurs que (DD pouvoir le mettait au-dessus de tout, et que, pour leshmver, il lui sufilsait d'une pasquinade.

Il aimait i parler avec ou devant ses soldats, et rien ne l'arrêtait quand il voyait que quelque chose pouvait Im divertir el faire sur eux une impression utile. Un jour qu'ils avaient très froid et qu'ils commençaient à se plaindre, il s'écria : Ohl quelle chaleur! on dtoufTe... >■ 1^1 il tire sa chemise de sa culotte, se débraille et se fait Mernn seau d'eau sur le corps; et cela, quand il avait »(unle ans.

Jeoe sais plus à quelle occasion le roi de Prusse l'en- voya complimenter par un de ses généraux, que Souvo- niwconduisitaucamp, et, lorsqu'il se vit suivi par beau- f^oup d'hommes, il s'arrêta, puis mettant, après quelques luzi, son général prussien en scène : Par exemple, dit-il à ses soldats, pensez-vous que des gens vêtus l'omme cela sont bien redoutables àlaguerretVoyez ces d^i barils qu'il a aux jambes (en le prenant par une de »g bottes fortes); à cheval cela n'est bon à rien, et * pied cela empêche de faire un pas... Et ces canons (en lui défaisant une des boucles sur l'oreille), ne vous ima- giiMi paa que cela vous envoie des balles... Et cette fitixe (en lui prenant la queue et en la remuant), n'allez pMVûuB figurer que ce soit une ba'i'onnelle. > Et, bra- *"it toulea les convenances par des facéties de cette nslore.il faisait rire les soldats et s'en faisait adorer.

Après une sorte d'entrée triomphale faite à Alexan-

10 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

drie, on vint lui dire que le peuple désirait voir Souvorow. c Eh bien I dit-il, il faut le lui montrer. » A l'instant même il ôte tous ses vêtements, ne conservant que ses bottes, et, nu comme un ver, n'ayant sur sa peau que son épée et ses cordons, il se rend le chapeau à la main sur un balcon, et, dans cet accoutrement, se présente aux curieux, en tournant comme un toutou (i).

Catherine voulant lui donner la petite croix de l'ordre de Sainte-Anne, imagina même de la lui attacher à la bou- tonnière. Souvorow cependant, tout en se confondant en actions de grâces et en s'inclinant profondément, eut grand soin de couvrir sa boutonnière avec sa tête, et il répétait : < Aht maman, très chère maman (suivant Tusage), jamais je ne le souffrirai. > Bref, il parvint à lui prendre le petit ruban , et, du moment il le tint, il s'efforça d'y passer la tête, et, après dix tentatives inu- tiles, il ajouta : « Votre Majesté le voit, cela est impos- sible; jamais ma tête n'y passera, il est trop petit. >

(i) Le fait suivant montre Paul I«^ digue maître d*uD tel sujet, n faisait parfois assister Tlmpératrice A ses parades; alors, et par galanterie, il mettait pied A terre et défilait devant elle A la tète de la 1** compagnie de sa garde; mais il exigeait qu'elle fût exacte. Un jour, furieux de ce qu'elle avait fait attendre les troupes, il commanda, au moment la calèche arriva devant le front qu'elle devait suivre, que, sans se détourner, tous les soldats du pre- mier rang se missent A pisser (il faut bien que je dise le mot, puis- qu'il ordonna la chose), et Tordre fut exécuté.

Cependant ce prince, et je parle ici d'après un de ses si^ets, homme d'honneur, de haute capacité et ayant eu tort justement A se plaindre de lui, ce prince, sauf quelque originalité ou extrava- gance, fut A la fois un homme de jugement, de tête et de cœur, de plus un homme d'État, et sous quelques rapports le Louis XI de la Russie. Mais on sait qu'il était haï de Catherine, sa mère, soit par crainte qu'il voulût venger son père qu'elle avait fait assas- siner, soit que, le détestant, elle affectât de le mépriser pour faire croire qu'il était méprisable; elle alla jusqu'A le faire empoi- sonner, et, s'il survécut A cet attentat, il en conserva du moins des mouvements convulsifs sur le visage et dans les membres, et, sui- vant plusieurs, des aberrations momentanées.

Ulherine Be mit à rire, fit apporter un grand cordon et le lui donna,

Souvorow était un booime transcendant qui, ayant jugé devoir cacher sa supëriorité et voulant donner le riiitDge, faisait le fou. Ainsi que je l'ai dit. il donnait & pane trois heures, fait auquel il Taut ajouter que, dès iju'il était seul, il lisait et travaillait avec méthode ; mais, detlinë à commander des hommes ignorants et grossiers, ilBefûiBait grossier et jouait l'ignorance. Un jour cepen- dant, c'était en 1793 ou 1794(il commandait un corps de Iroupes campé), et passant prùs d'une tente plu^iieurs sllicierfi parlaient avec chaleur, il fourre sa tête par- Atistt» une des toiles de la tente, se dresse comme un ser- pent el, à peine reconnu, devient l'objetdes respecta qui luiétaientdus...> Etdequoiparliez-vous? dit-il aussitAt. On l'informe que l'on discute je ne sais quelle opéra- tion de guerre, qui venait d'être exécutée par nous ou onlre nous. Une carte se trouvait déployée, il s'en ■pproche, l'examine, pendant qu'on le met au courant de la discussion, prend i a parole et confond les assis- bnta par sa logique autant que par In profondeur de ■es pensées et l'exactitude de ses calculs stratégiques: lout à coup il s'aperçoit de l'étonnement de ses audi- lears, et, au milieu d'une de ses périodes, il saule sur la table et sur la carte, se met de toutes ses forces à chanter comme un coq, descend en faisant la culbute et dis- piralt. Ce chant du coq dont il se servit dans cette cir- conslance pour mystifier ses interlocuteurs, personne ■Dieux que lui ne réussissait à l'imiter, et c'est par ce cri lu'il éveillait souvent ses aides de camp et domestiques, luaod ils oubliaient l'heure ou qu'il avait besoin d'eus plimtôt que de coutume. Il s'en servit même comme de la diane pour mettre debout le camp. •Juand ses soldats ployaient, il se jetait à terre, se

13 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBAULT.

roulait, jurait de se faire tuer, les rendait responsables de sa mort et les citait devant Dieu. Il produisait ainsi le plus grand effet et dut à ce jeu de scène plus d'une fois la victoire, à la Trebbia notamment; mais lorsque, cerné par les troupes de Masséna, et comme dernier recours, il fit creuser sa tombe devant tous ses soldats, déclarant qu'il fallait vaincre ou Tenterrer là, sa défaite n'en fut pas moins complète, et cette comédie n'eut pas de dénouement. Au reste, s'il renonça à une mort qui eût été d'accord avec sa vie, c'est-à-dire bizarre, mais glo- rieuse, il n'échappa pas à la mort qui résulta pour lui de la honte et du désespoir d'avoir été vaincu. Tant qu'il était vainqueur, un tel homme était un héros; du momentoù il avait été vaincu, ce n'était plus qu'un pantin.

On sait que, après la mort de la grande Catherine, il se moqua des innovations militaires que Paul I*' introduisit notamment dans le costume de l'armée et dans les détails du service; ses saillies furent répétées au nouvel empe- reur, qui l'en récompensa par un exil ; mais lorsque ce prince eut résolu d'entrer en scène contre la France, il crut, sans doute en souvenir de la terreur qui depuis le massacre de Prague et le sac d'Ismaïlof était attachée au nom de Souvorow, il crut ne pouvoir se passer de ce général et voulut lui confier le commandement de cette armée, qui nous fit d'ailleurs évacuer presque toute l'Italie; il lui envoya donc un lieutenant général pour l'inviter à se rendre à Pétersbourg.

Arrivé au lieu de l'exil, ce lieutenant général fit part à Souvorow de sa mission; aussitôt Souvorow prit une poignée de terre et se la jeta sur la tête, en disant : c Le maréchal Souvorow est mort, il est sous la terre ; quant au vieux Souvorow, que voulez-vous qu'il fasse pour le service de l'Empereur? » On eut mille peines à lui faire accepter le commandement qu'on lui offrait, et on fut

qniDte jours à lemellre en route. F^n Taisant ce trajet, il ieu delà nuit parla résidence de sa femme et ifllfi(t), se rend sans bruit au lit de chacun d'eux, jde un moment, défend de les réveiller et conli- Tsa route. Il arriva enfin à Pétergbourg, et de nouvelles sct^nes eurent lieu.

ÛD aurait peine Jt croire à la hardiesse de quelques- unes d'entre elles : ainsi il se Ut faire des bottes qui lui montaient presque aux hanches, un habit dont les pare- tneDts allaient aux coudes et les basques sur les talons, UDe queue traînant à terre et un chapeau de trois pieds d'envergure, et, sous cet accoutrement, au fond duquel ilHmblait disparaître et qui était la charge et la cri- tique du nouvel uniforme que Paul 1" avait donné aux troupes, il osa se rendre chez cet empereur.

A une parade, l'Empereur lui ayant demandé ce qu'il pcuait des guêtres d trente-six boutons que venait de Kuvoir l'infanterie, il appela un des soldiils qui le sui- vaient et qui avaient encore l'ancien uniforme russe; îl fit approcher un de ceux qui étaient dans la nouvelle tenue et ordonna h tous deux de se déshabiller, de se coucher «tile darmir, et dès qu'ils en eurent fait le semblant, il fil battre l'équivalent de la générale. Son homme fut prit en une minute, et Souvorow partit aussitôt avec lui, llitsant l'autre mettre ses soixante-douze boutons; telle 'Mla toule réponse qu'eut lEmpereur.

Cette inconcevable déférence et tout ce que Ton par- quait à âouvurow me firent supposer qu'il fallait que 'ttbommcs de guerre marquants fussent bien rares en "11*16(2), et je Os part de cette réflexion à la personne à

irinoeaiB (te Cour- e •'aiupngrio conLro li^a Turcs, il oe s-IIls, qui Turent êlcvis eu Suisse. , en Rusiie, le uurdcbal ICamenski,

""••d» Snuvornw que di

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14 MÉMOIRES DU GENERAL BARON THIÉBAULT.

laquelle je dois tant d'anecdotes : c Et comment voulez- vous que cela soit autrement? me répondit-elle; les minu-

homme moins du goût des soldats, c'est-à-dire moins original et moins grossier, mais non moins capable et peut-être plus crael que notre espèce de héros. Comme cela devait être, tous deux se détestaient. Potemkin eut Tidée de les rapprocher et, dans ce but, les réunit dans un dîner se trouvait le père de la personne qui m'a raconté une partie des faits que je rapporte, mais ce fut sans succès. Hors le temps du repas, pendant lequel aucun des deux ne regarda Taulre, ils se placèrent à deux des angles opposés du salon et se tournèrent constamment le dos.

Une anecdote relative à ce Kamenski montre A quel caprice pouvait impunément se livrer un général russe en faveur, et à ce titre elle vient en confirmation de tout ce qu'on a dit des fantaisies de l'autre préféré de Catherine, Souvorow; voici l'anecdote :

Kamenski se rendant de Moscou A Pétersbourg rencontra l'ar- chevêque de celte ville allant A Moscou. Frappé de l'idée que ren- contrer un pope porte malheur, si l'on ne parvient A coiyurer le sort par quelque chose d'extraordinaire, il fait arrêter sa voiture et met pied A terre. L'archevêque en fait autant. Kamenski va au- devant de lui, se met A genoux, lui baUse la main et reçoit la béné- diction : « Monseigneur, j'ai une grAce A vous demander, c'est de vous coucher par terre, de vous rouler dans la boue, jusqu'à ce que vous soyez hors de mon chemin, et de rester ainsi couché jusqu'A ce que j'aie passé. » L'archevêque voulut résister A cet ordre mal déguisé, mais il n'y eut pas moyen ; il fallait obéir en tous points, et rouler dans la boue et sa personne et ses habits pontificaux. Kamenski passé, l'archevêque rétrograda, et de retour A I^étersbourg, alla demander justice A Catherine, qui lui répon- dit : « Procurez-moi un second Kamenski, et je vous promets de punir celui-ci. *

Ce fut une de ses victimes qui se chargea de le punir. Il était par sa cruauté devenu la terreur des soixante-dix mille serfs ou paysans qui composaient sa fortune. Un jour que, dans un droschky, il se promenait dans un petit bois voisin de son chA- teau, le moujik qui le conduisait au pas avec ses trois chevaux de front voit rouler quelque chose A côté de la voiture ; il regarde et, reconnaissant une tête d'homme, se retourne et trouve son maître décapité. Dans son bouleversement, il remet cette tête dans la voiture, rentre au château et raconte cette terrible aven- ture. Accusé du crime, il serait mort sous le knout, sans les aveux d'un vieux paysan qui, A la faveur d'une embuscade, avait pu s'approcher du droschky, abattre la tête d'un coup de hache et rentrer dans le bois, sans avoir été surpris dans l'exécution de cette vengeance méritée.

SOCVOHOW. Ij

lies du service y sont poussées à tel poiot quun ofTicier DE pas le temps de donnir et de manger, et que, en moÎDS de dix ans, un homme, eilt-il du génie, deviendrait nae machine. >

Quoi qu'il en soit, confiant dans les services qu'on attendait de lui, Souvorow osait tout; il exploita sans scrupule celte opinion, d'ailleurs juste en ce temps-là, que, à la t<^te d'une armée russe, il valait vingt-cinq mille hommes, si bien que. au moment de marcher contre nous, il obtint pour toute instruction une main de papier eo lilnnc, au bas de chaque page de laquelle se trouvait la signature de rErapereur.

Arrivé à Vienne, on tint un grand conseil de guerre pour discuter et arrêter les opérations de la campagne, que les armt^es impériales allaient fiiirc suivant la mar- |^he lourde et mélliodique des Alkmands et suivant ces préfisionB en apparence infaillibles, qui ont toujours flnipar mettre les Autrichiens complètement en défaut: unie, quelque chose qu'on pAt faire et dire, on ne tira ficnile Souvorow; «Que voulez-vous de moi îrépétait-it, je n'entends goutte à tout cela: je ne suis qu'un soldat Hje ne sais que marcher en avant, etc. Mais, lui ob- «rvï-l-on, voua devez avoir reçu des instructions de l'Empereur. Des instructions? Et il lira de son por- tefeuille la main de papier couverte des blancs-seings ii i'Ërapereur; aprÔ8 l'avoir jetée sur la table, il ajouta ^ l'flir le plus niais : t Voilà tout ce que j'ai. Et on "(n eut pas autre chose.

Eq conduisant son armée contre nous, il ne cacha pas ises soldais qu'ils auraient affaire à des adversaires for- midables ; Vous avez battu des Allemands, des Polo- Mis.des Turcs; mais tout cela n'est rien. Ce sont les 'Suçais qu'il faut battre. Voilù des ennemis dignes de nu. VuilÀ des gens qui savent faire la guerre et qui.

16 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL 3AR0N THIÉBAULT.

comme les Allemands, ne sont pas gênés par des costu- mes ridicules. » Il se faisait appeler < l'Ange extermina- teur des républicains > . Pour monter au dernier degré l'exaltation de ses Russes, Paul I*' lui envoya son fils, l'archiduc Constantin, comme officier d'ordonnance, et c'est en ayant à ses côtés ce prince que, le 24 mai, Sou- vorow fit à Alexandrie la seconde et heureusement la dernière de ses entrées triomphales.

Il put prendre la citadelle de Milan, entrer à Turin, gagner la bataille de la Trebbia, nous faire évacuer la Lombardie et presque tout le Piémont; mais par bon- heur il entendait la guerre comme les bêtes sauvages, en forcené, et ses courses à tire-d'aile, qu'il prenait sans doute pour le vol de Taigle, le lançaient dans des pièges il s'empêtrait. Il fallait toute l'impéritie de Sche- rer ou la légèreté de Macdonald pour s'offrir aux coups d'un Souvorow. Moreau, dix fois inférieur en nombre, le tint en échec par la profondeur de ses combinaisons et par la hardiesse de cette campagne si savante et si complexe, qui illustra jusqu'à nos revers; et quand en Suisse l'ours russe se trouva en face d'un adversaire tel que Masséna, c'est Tours qui fut dévoré.

De Gênes, j'assistais avec angoisse aux luttes des nôtres contre cette formidable armée russe, je recueillais tous les récits et toutes les notes. Ne pouvant participer à nos suprêmes efforts qu'en en suivant anxieusement les vicissitudes, j'enregistrais avec le plus vif intérêt tous les faits d'armes^ et c*est parce qu'il commit qua- torze fautes bien déduites et comptées, que Macdonald perdit à la Trebbia la bataille décisive qui termina sa carrière en Italie (ce qui fut un bonheur), mais aussi la carrière de l'armée de Naples (ce qui fut un désastre). Revenu à Paris, logé chez son ami Beurnonville, il fit, pour sa justification, répandre le bruit que Moreau avait

DI^.FAITE DE LA THEOBIA.

Irabi, et cette assertion impudente ne trompa que des Adulateurs qui voitlaieQt bien être trompés.

En dépit du san^ dont à tort ou à raison le maréchal (lac de Tarente s'enorgueillit, et que sa mère, cuisinière que son père épousa, n'a certes pas anobli ; en dépit du raDf;gup«rbeoù il est attaché, personne ne songera à lui élever une statue, qui puisse faire pendant à celle qu'on élève A la mémoire du général Champîonnet. Par esprit de vérité, ayant suivi de si près les rôles des Sénéraux dans cette campagne et, depuis lors, ayant scrupuleusement étudié ces rûles avec les pièces et té- moignages sous les yeux, je n'ai pu m'empécher de témoigner constamment en faveur de Moreau quejedé- t«sledepui8l8i3, comme j'avais témoigné en faveur de Ctumplonnet queje chérissais, contre Macdonald que, en dépit de sa conduite envers ses rivaux, en dépit de sa légcreté comme général en chef, j'ai toujours été enclin a ûmercorome homme et comme vaillant soldat. Au reste, je les kurais indistinctement haïs ou aimés, les uns ou les «lire», que je n'en aurais dit ni plus ni moins.

Quoiqu'il en soit, navré en apprenant la perte de la biliillede la Trebbia, je le fus plus encore en consta- ilut l'iaulilité de l'admirable campagne menée par Mo- ''lu, et eu fut de même avec humiliation que je vie Ctoes te remplir de généraux dont la présence n'attes- l*itque des revers. Tout le quartier général de l'armâe ''< Nuples ne tarda pas à arriver dans cette ville; mais, wnine il ne s'agissait plus de régulariser une incorpo- 'BliQDquige faisait d'elle-même, tout ce qui ne restait pw Macbé à l'armée d'Italie s'y arrêta peu et se rendit ^htii. Je ne les laissais pas partir sans les interroger, '' ui incessant défllé de mauvaises nouvelles eut un ("ntiHoup sur ma convalescence. Malgré les soins dont ) *l»i8 l'objet, malgré la beauté du climat, lu saison et le

18 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARQN THIÉBAULT.

bonheur dont j'aurais jouir sans partage, ma santé, qui s'était d'abord rétablie, redevenait inquiétante. Il est des crises qui marquent des étapes dans l'existence, et je dus reconnaître que la maladie dont je relevais avait fini ma jeunesse, comme d'autres crises de même nature commencent la vieillesse, comme d'autres enfin mar- quent la décrépitude. Mes forces, qui me semblaient si bien revenues, diminuaient; Pauline, qui s'occupait de ma santé plus que moi, voulut une consultation qui eut lieu. Un médecin de réputation, après une longue enquête, me fit coucher sur mon lit, me tàta, me cogna tout le corps et, à la suite de ce long examen, décida qu'il fallait que je rentrasse en France pour suivre un régime, impossible, disait-il, en dehors des habitudes sages de la famille. Si Pauline avait rester à Gênes, j'y serais mort plutôt que de la quitter; mais elle atten- dait ses passeports pour se rendre à Milan; dès lors j'arrangeai mon départ de manière qu'il coïncidât avec le sien, et de suite j'annonçai la vente de mes chevaux.

Dans le nombre, se trouvait un très beau cheval arabe, qui avait été remarqué à Gênes et ne pouvait manquer d'y avoir de nombreux amateurs. Mme Palla- vicini, une des plus jolies femmes et la meilleure écuyère de l'Italie, se hdta de me le faire demander afin de l'es* sayer. J'écrivis aussitôt à cette dame que je mettais le cheval à ses ordres, mais que, dans ma conviction, aucune écuyère au monde, avec une selle de femme, n'était capable de le maîtriser à cause des sauts, des écarts qu'il faisait sans cesse, et surtout à cause d'une ardeur que douze ou quinze lieues ne suffisaient pas à cal- mer. Elle me répondit qu'elle me remerciait du motif de ma lettre, mais qu'elle ne craignait aucun cheval.

Deux heures ne s'étaient pas écoulées que tout Gênes

MADAMB PALLAVICISI. 10

6e Irouvait en ^moi. Après avoir fait seller et brider le cheval avec le plus grand soin, Mme Pallavicini, parve- nue i se placer dessus, s'élaît dirig(5e par la porte du PoDint. Tant qu'elle avait été dans les rues de Gênes ou duf&ubourg. elle avait contenu son fougueux animal: miig, une foishorsdela ville, celui-ci s'anima et de plus